2014 : IPv6 se déploie encore trop lentement en France

Novembre 2014

Le service R&D de l’Afnic réalise, sur une base mensuelle, un suivi du déploiement du protocole IPv6 dans la zone .fr. Mise en œuvre au moyen de la plateforme logicielle DNSwitness (développée par l’AFNIC et disponible librement sous licence GPL), ces travaux consistent à observer, pour les noms de domaine de la zone disposant de serveurs DNS, e-mail ou web, quelle proportion possède une adresse IPv6 pour les serveurs considérés.

Les mesures effectuées par l’Afnic ont permis d’établir que 2013/2014 a été une année de faible progression du déploiement d’IPv6, ne permettant pas de combler l’écart avec des pays leaders comme les États-Unis ou l’Allemagne.

Progression des serveurs web et des serveurs DNS, stagnation des serveurs e-mail

La Fig. 1 montre en effet que le pourcentage de noms de domaine en .fr possédant au moins un serveur DNS adressé en IPv6 est passé de 61,3 % à 63,3 % en 2013 / 2014 (+ 2 points contre + 1,7 en 2012 / 2013, à comparer aux + 18,7 de 2011 / 2012).

 

Fig. 1 - Pourcentage de noms de domaine en .fr  possédant au moins un serveur (DNS, web ou e-mail)  activé  en IPv6  (octobre 2011 – octobre 2014) Fig. 1 - Pourcentage de noms de domaine en .fr

possédant au moins un serveur (DNS, web ou e-mail)  activé  en IPv6

(octobre 2011 – octobre 2014)

 

Après avoir doublé en 2012/2013, la proportion de serveurs web activés en IPv6 a poursuivi sa progression en 2013 / 2014 pour bientôt atteindre les 10 %. Quoique étroitement liés au bon fonctionnement des services associés aux noms de domaine, les serveurs e-mail stagnent depuis trois ans, à 11 % en octobre 2014 (+0,2 points). 
Ce phénomène est dû à la concentration du marché de l'hébergement DNS pour les domaines en .fr : les quatre premiers acteurs disposant d'un portefeuille représentant près de 70 % de l'ensemble des domaines (cf. Rapport de l'Observatoire de la Résilience de l'Internet français, édition 2013, page 65). Ces quatre acteurs ayant largement activé IPv6 sur leurs serveurs DNS, on comprend que le taux de pénétration d'IPv6 pour ce service est particulièrement élevé. En revanche, l'hébergement des services de messagerie et du web étant plus hétérogène cela explique qu'IPv6 est moins déployé pour ces deux services.

L'étude ici se concentre uniquement sur les trois principaux services Internet utilisés. Afin de mieux situer ces chiffres, rappelons que le trafic IPv6 global en France se situe entre 4,5 % au 1er trimestre 2014 (Rapport trimestriel de la société Akamai : http://www.akamai.com/dl/akamai/akamai-soti-q114.pdf) et 5,5 % à la fin du mois d'octobre 2014, selon les statistiques de Google (https://www.google.com/intl/en/ipv6/statistics.html#tab=per-country-ipv6-adoption).

 

L’observation de l’évolution de ce pourcentage au cours du temps a montré qu’il augmente par paliers, au moment où les principaux hébergeurs décident de configurer leurs serveurs DNS en IPv6 (ce fut successivement le cas en octobre 2010, février 2011 et mai 2012). La stagnation relative observée combinée à ce phénomène permet de penser qu’aucun gros hébergeur n’a intégré IPv6 dans ces services depuis 2012, mais que certains hébergeurs de taille petite ou moyenne  l’ont fait (d’où la progression sur les serveurs web).

Une régression fin 2014 ?

La Fig. 2 vient compléter ce constat global en montrant que le pourcentage de requêtes en IPv6 dans le transport utilisé pour véhiculer ces requêtes entre résolveurs et serveurs faisant autorité continue de progresser en 2013 / 2014 (de 13,16 % à 16,01 %), bien que moins rapidement qu’en 2012 / 2013.  Fig. 2 – Evolution du pourcentage de requêtes observées par les sondes de l’Afnic (2012 – 2014)

Fig. 2 – Evolution du pourcentage de requêtes observées par les sondes de l’Afnic (2012 – 2014)

Trafic reçu par les serveurs faisant autorité de la zone .fr.

Ces serveurs reçoivent des requêtes concernant les noms de domaine .fr de la part de serveurs résolveurs, gérés en grande partie par les fournisseurs d’accès internet.

 

L’évolution du ratio entre le nombre de requêtes « AAAA » (IPv6) et le nombre de requêtes « A » (IPv4) montre que la progression a repris fin 2013 après un palier de quelques mois, avant que le ratio ne reparte à la baisse depuis l’été 2014 (Cf. Fig. 3).

  Fig. 3  – Evolution du nombre de requêtes AAAA (IPv6) rapporté au nombre de requêtes A (IPv4)  de janvier 2012 à octobre 2014

Fig. 3  – Evolution du nombre de requêtes AAAA (IPv6) rapporté au nombre de requêtes A (IPv4)

de janvier 2012 à octobre 2014

 

Cette évolution marquée par des périodes de progression, de paliers et de régressions témoigne de la « résistance » des serveurs IPv4 s’appuyant sur des stocks d’adresses IPv4 encore disponibles chez les opérateurs.

Pour autant, les études disponibles au niveau mondial soulignent que ce stock s’est tari depuis deux ans au niveau des Registres IP Régionaux, et que les différents opérateurs vivent aujourd’hui sur leurs réserves.

On peut penser que la pression d’usages en développement constant rendra bientôt économiquement souhaitable le passage à IPv6, de préférence à toutes les stratégies de contournement du problème mises en œuvre par certains opérateurs pour retarder une échéance à laquelle ils ne se sentent pas encore bien préparés.

Méthodologie

L’analyse effectuée chaque mois par l’Afnic se base sur  un échantillon de noms de domaine représentant  10 % de la zone .fr. En interrogeant les serveurs DNS faisant autorité pour cet échantillon, les serveurs DNS et les serveurs de messagerie sont directement obtenus. Pour connaître les serveurs web associés à un nom de domaine, les noms www.nomdedomaine.fr, www.ipv6.nomdedomaine.fr et nomdedomaine.fr sont examinés au niveau du DNS et si un ou plusieurs de ces noms existe, une requête HTTP est envoyée à l'hôte  pour vérifier qu'il s'agit bien d'un serveur web. 

Pour déterminer si un service est activé en IPv6, nous vérifions que le serveur associé possède au moins une adresse IPv6.

Outre les publications DNS que nous examinons comme nous venons de le décrire, le trafic DNS reçu par certains serveurs faisant autorité pour la zone .fr est observé  à l'aide de sondes placées auprès de ces serveurs. C'est l'analyse du trafic qui nous permet d'obtenir certains renseignements comme le type de requêtes reçues ou le type de transport utilisé par ces requêtes.

 

 

 

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