Les nouvelles extensions bousculent les grands registrars installés

Septembre 2014

 

Quatre des premiers registrars mondiaux ne font pas partie du « Top 10 » des nTLD. Des challengers plus agiles profitent de cette aubaine. Analyse.

 

Entamé en janvier 2014, le lancement commercial des nouvelles extensions Internet (nTLD) est accueilli diversement selon les acteurs. La présente étude s’intéresse aux 10 premiers registrars mondiaux pour évaluer dans quelle mesure ils se sont positionnés sur les nouveaux TLD (Top Level Domains). A contrario, il semble intéressant de souligner quelques-uns des facteurs qui ont pû permettre à quatre « challengers » de s’imposer dans le « Top 10 » sur les nouveaux TLD.

Méthodologie de l'étude

Nos données sont issues des rapports ICANN au 30/04/14 et des statistiques Ntldstats.com au 31/08/14.

L’indicateur sur lequel repose notre évaluation est calculé en prenant le rapport entre la part de marché d’un registrar sur les nouvelles extensions et sa part de marché sur les extensions génériques (.com, .net, .org, …, .xxx) créées avant 2013.

Ainsi :

  •  un registrar dont la part de marché sur les gTLD « traditionnels » est de 5 %, tandis que sa part de marché est de 10 % sur les nTLD, a un ratio égal à 2 ;
  • a contrario, un registrar ayant une part de marché sur les gTLD « traditionnels » de 10 %, tandis que sa part de marché est de 5 % sur les nTLD, a un ratio égal à 0,5.

Un ratio supérieur à 1 signifie que la part de marché du registrar est plus forte dans les nTLD que dans les gTLD traditionnels. Le ratio reflète donc le niveau d’implication du registrar dans les nouveaux TLD, soit par les moyens engagés (promotions, mise en avant…) soit par le succès rencontré auprès de ses revendeurs et de ses clients par les TLD qu’il a choisis de commercialiser. On mesure ici à la fois un niveau d’engagement et de succès, que nous désignerons pour simplifier par le terme « positionnement ».

 

L’étude permet d’identifier quatre catégories :

  • Ratio inférieur à 0,5 : positionnement faible
  • Ratio situé entre 0,5 et 1 : positionnement modéré sans accent mis sur les nTLD
  • Ratio situé entre 1 et 2 : positionnement modéré, avec un accent mis sur les nTLD
  • Ratio supérieur à 2 : positionnement fort

Résultats de l'étude

Cinq des dix premiers registrars mondiaux font partie de la 1ère catégorie :

Tableau 1 - Positionnement faible sur les nTLD

On note que le nTLD occupant la première place dans leur portefeuille ne dépasse pas les 20 %, à l’exception du .kiwi pour MelbourneIT (41%) ce qui sous-entend que ce registrar est assez faiblement positionné sur les autres nTLD. Tucows est 3ème au rang mondial et 10ème  dans le « Top 10 » des registrars de nTLD. C’est le seul des registrars de cette catégorie à appartenir aux deux « Top 10 ».

Deux des 10 premiers registrars mondiaux font partie de la 2ème catégorie :

Tableau 2 - Positionnement modéré, sans accent mis sur le nTLD

De manière surprenante, car il est leader sur un assez grand nombre de nTLD, GoDaddy fait partie de cette catégorie. L’explication en est que ce registrar est très bien positionné sur un grand nombre de « petits et moyens » TLD, ce que reflètent les 12 % du .guru, mais pas sur les quelques nTLD ayant enregistré de très forts volumes.

On note que ces deux registrars font aussi partie du « Top 10 » en termes de nTLD. Leur puissance de marché est en effet telle que des performances relatives modérées sur les nTLD ne les empêchent pas de conquérir les premières places en termes de parts de marché. Cette situation induit que ces registrars n’ont pas encore exploité tout leur potentiel sur le segment des nTLD.

Deux des 10 premiers registrars mondiaux font partie de la 3ème catégorie :

Tableau 3 - Positionnement modéré, avec un accent mis sur le nTLD

Sans grande surprise au vu de l’explication donnée pour GoDaddy, on retrouve ici des registrars positionnés sur deux des nTLD ayant fait l’objet de fortes actions promotionnelles ayant entraîné un grand nombre de dépôts – à titre payant ou gratuit. Cependant la différence de « poids » du premier nTLD en portefeuille (18 % pour 1&1 et 63 % pour GMO) laisse penser que le premier est investi sur plus grand nombre de nTLD ayant fait du volume, tandis que le second commercialise des TLD pour l’instant « écrasés » par le volume du .xyz.

Un seul des 10 premiers registrars mondiaux fait partie de la 4ème catégorie :

Tableau 4 - Positionnement fort sur le nTLD

Le bon ratio de Network Solutions est presque entièrement dû au .xyz que ce registrar a commercialisé de façon particulièrement agressive. Les quatre autres registrars sont intéressants à observer car ce sont les « challengers », ceux qui font partie du Top 10 des registrars en termes de volumes de nTLD déposés, sans faire partie du Top 10 mondial. Ce sont eux qui profitent le plus des nTLD pour acquérir de nouvelles parts de marché, même si dans le cas d’Uniregistrar il peut s’agir de dépôts faits « pour compte propre » dans les TLD détenus par le registre Uniregistry (cas du .link).

Enseignements

La grande évolutivité des ratios entre le réalisé d’avril 2014 et les estimations d’août 2014 témoigne de la fluidité du marché des nTLD, les places acquises à un moment donné pouvant à tout moment être remises en cause par l’arrivée d’un nouveau TLD à fort volume ou par des campagnes promotionnelles agressives.

De ce fait, le choix pour un registrar de se positionner sur tel ou tel nTLD peut conditionner de manière assez décisive son acquisition de parts de marché supplémentaires. Pour autant, les conditions financières de ces gains de parts de marché sont parfois extrêmes (schéma de gratuité ou de « distribution » systématique à des clients n’en ayant pas fait la demande). Les ratios brillants d’aujourd’hui restent donc très évolutifs, les portefeuilles ainsi constitués étant beaucoup plus exposés à des non renouvellements que des portefeuilles plus modestes, mais pour lesquels les titulaires ont payé afin d’obtenir leurs noms de domaine.

Le volume seul ne suffit pas à rendre compte du succès à moyen – long terme et ce ratio de « positionnement », s’il permet de quantifier une situation à un moment N, n’autorise pas à faire des prédictions sur les performances ultérieures des différents acteurs. Celles-ci dépendront en effet de leur capacité à conserveur leurs titulaires et à les convaincre d’utiliser réellement les noms déposés, cette problématique étant commune aux registres et aux registrars.

Le ratio de « positionnement » ne fait donc que traduire un niveau de résultats par rapport à un potentiel donné. Ce niveau ne correspond pas nécessairement aux ambitions des registrars lorsqu’ils ont choisi de proposer tel ou tel nTLD à leurs clients. Un grand nombre de facteurs peuvent intervenir, comme une mise en avant insuffisante sur le site du registrar, un manque d’enthousiasme des revendeurs, ou simplement une clientèle peu réceptive aux nTLD car pas assez sensibilisée à leur apparition sur le marché. Aucun de ces facteurs n’étant insurmontable, des registrars ayant des résultats modérés aujourd’hui ont toutes les chances d’améliorer leur positionnement s’ils s’en donnent les moyens.

Un biais de ce ratio, constatable notamment pour GoDaddy, est qu’il envisage la situation globalement, sans tenir compte du rang des registrars sur chacun des TLD. Peut-être vaut-il mieux être le leader sur quelques TLD à fort potentiel qu’en « pole position » sur un TLD artificiellement gonflé par des tactiques promotionnelles de court terme.

Au-delà des considérations méthodologiques, une conclusion certaine est que les cartes sont en train d’être rebattues entre les acteurs. Des « challengers » apparaissent grâce aux nTLD, tandis que certains acteurs en place semblent plus lents à profiter de ces nouveaux marchés encore très émergents avec leurs 2 millions de noms déposés contre un total mondial de 276 millions (données fournies par Verisign). Une étude plus large, couvrant l’ensemble des registrars ICANN, viendrait sans doute confirmer ce phénomène qui sera intéressant à suivre dans la durée.

 

 

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